Histoire

Les premiers hommes du bout du monde

tumblr_mq93r4Vg811stsn4jo8_1280

Il y a environ 15 000 ans se termine la dernière grande période de glaciation à l’échelle de la planète, les glaces se retirent progressivement et ouvrent de nouvelles vallées. Profitant du retrait des glaciers, on  verra apparaître la méga faune du pléistocène qui occupa le terrain il y a 14 500 ans et plus tard, les premiers hommes il y a 11 000 ans.

La préhistoire régionale se caractérise par deux grandes vagues de peuplement : les chasseurs nomades par les steppes et les nomades pécheurs vivant sur leur pirogue dans les canaux et les fjords, trouvant refuge sur des plages ou dans des zones boisées de la côte. Même s’ils vécurent dans des environnements différents, ces peuplent ont étés amenés à se rencontrer, échanger donnant naissance à quatre ethnies à l’arrivée des colons.

Les chasseurs des steppes

ONAS_2Les Aónikenk (ou Tehuelches)  dans les steppes situées au nord du détroit de Magellan et les Selknam (ou Onas) sur l’île de Terre de Feu furent les représentants de ces chasseurs des steppes aujourd’hui éteints.

Ces peuples nomades arrivèrent bien après le retrait des glaces, attirés par les troupeaux d’animaux sauvages. Ils vivaient au rythme des saisons et des migrations animales faisant campement dans les lieux présentant une abondance de nourriture. Les branches de la végétation locale et les peaux issues de la chasse leurs permettaient de se vêtir et construire leurs abris appelés « Toldos ».

Le contact avec l’homme blanc à la moitié du XIXème n’a pas tourné à l’avantage des indiens. Le mode de vie commença à changer, les maladies et l’alcool commencèrent à faire des ravages parmi les familles. Ensuite, avec la création des fermes, les territoires de chasses furent rapidement clôturés et l’accès interdit aux indiens. Avec l’excuse de combattre le vol d’animaux dans les Estancias, le génocide organisé mit fin à ces peuples en quelques années.

Les nomades de la mer

selknamLà aussi on trouve deux peuples avec des territoires bien délimités. Les Kawéskars (ou Alakalufes) chassaient les lions de mer et péchaient dans les eaux du détroit de Magellan et dans les canaux et fjords remontant le long de la côte pacifique. Le peuple Yamanas (ou Yaganes) est lui le plus austral, présent dans le canal du Beagle, au Cap Horn et autour de la Terre de Feu.

Ces deux peuples se nourrissaient de lions de mer, de loutres et d’oiseaux chassés sur les côtes, ou bien plongeaient dans les eaux glaciales pour pêcher et ramasser des crustacés. De temps en temps, quelques baleines échouées leurs permettaient de se nourrir sans avoir à chasser. Se déplaçant en pirogue, ils s’habillaient de peau de lion de mer et s’enduisaient de graisse pour résister aux conditions climatiques particulièrement dures.

Là non plus, le contact avec l’homme blanc ne fut pas d’un grand bénéfice pour ces peuples. Ils réalisèrent quelques échanges avec les premiers explorateurs puis avec les chasseurs de baleines. Malgré la tentative de protection des missions salésiennes et anglicanes, la violence, les maladies, particulièrement vénériennes et l’introduction de l’alcool mis fin à leur culture. Les derniers Kawéskars trouvèrent refuge à Puerto Eden alors que les derniers Yamanas partirent vers l’île Navarino, à l’extrême sud du territoire.

Découverte du détroit de Magellan

SONY DSCAu court du XVème siècle, l’Europe  fut le témoin d’une lutte entre rois et grands commerçants pour le monopole du commerce des épices. Les Portugais possèdent le monopole de la route du Cap de Bonne Espérance et obligent les Espagnols à chercher de nouvelles routes de navigation pour rejoindre les îles Moluques. Sur leur route, ils trouveront l’Amérique et devront trouver un passage pour traverser ce nouveau continent.

En 1519, Fernando de Magellan largue les amarres depuis le sud de l’Espagne pour le premier tour du monde de l’Histoire. Après une traversée longue et difficile, fin mars 1520, l’équipage décide de faire escale dans la baie de San Julian, côte Atlantique, pour passer l’hiver à l’abri et réparer les quelques avaries. A cette occasion, ils découvrirent les premières traces des locaux, grandes traces de pas laissées dans la neige par leurs raquettes de peau d’animaux pour se protéger du froid. Impressionnés par la taille des Indiens, les Espagnols leur donnèrent le nom de Patagones (grands pieds en espagnol) et nommèrent la région « Terre des grands pieds » : Patagonia. Le 1er novembre 1520, la flotte entre dans le détroit qui, quelques années plus tard, portera le nom de son premier explorateur. Ils découvrent la sortie vers un océan qu’ils baptisent Pacifique avant de mettre le cap sur l’inconnu et enfin arriver aux philippines où Magellan perdra la vie d’une flèche empoisonnée. Juan Sebastián Elcano terminera l’odyssée et arrivera en Espagne en 1522.

En 1557, le capitaine Juan Ladrillero se lance dans une exploration des canaux du Pacifique à la recherche de l’entrée du détroit. En chemin, il découvrira le fjord de l’Ultima Esperanza (ultime espoir) avant d’être finalement le premier à le traverser d’ouest en est quelques années plus tard.

Les premières colonies :

Malgré quelques tentatives de peuplement peu après la découverte du détroit, ce n’est qu’en 1843 que le gouvernement chilien enverra la goélette Ancud dirigée par le capitaine John Williams prendre possession du détroit. Les participants de cette expédition fondèrent un fort sur la colline de Santa Ana qu’ils nommèrent « Fuerte Bulnes » en hommage au président de l’époque.

En 1848, après une exploration plus approfondie de la zone, on choisira une zone plus abritée, appelée « Sandy Point » pour créer la ville de Punta Arenas le 18 décembre 1848. La population naissante développe les activités fondatrices (commerce, agriculture, élevage, chasse de lions de mer et baleines, exploitation forestière et minière de charbon et or).

En 1878, la région se dynamise considérablement avec l’introduction des premiers moutons destinés à l’élevage et à la production de laine. Le développement des Estancias, ferme de Patagonie dédiées à l’élevage, conduit à la découverte progressive de toutes les terres. Les voies de communication n’étant que très sommaire, la majeure partie des transports et communications entre les différents points de peuplements passe par la navigation.

Développement de l’économie

Après de longues négociations entre le Chili et l’Argentine, la frontière de Patagonie est finalement établie durant les premières années du XXème siècle. Cela aura pour conséquence l’expropriation des premiers colons, qui s’étaient vu prêter les terres dans un premier temps, via une vente aux enchères. La laine était considérée comme « l’or blanc » de la région, tant le commerce florissait avec l’Angleterre et l’Allemagne en ces temps de révolution industrielle. La Société Explotadora Tierra del Fuego se forme suite à l’annonce de la vente avec des capitaux anglais et achète la quasi-totalité de la Patagonie chilienne. Entre la Patagonie chilienne et argentine, cette société possède plusieurs millions d’hectares dédiés à l’élevage, créant ainsi un monopole énorme. Le gouvernement chilien laisse à cette entreprise le soin d’organiser et d’exploiter la région jusque dans les années 1970 puis organise la réforme agraire qui redistribuera  les terres aux travailleurs en morcelant les territoires en Estancias de 15 000 à 20 000 hectares.

Après les années noires de la dictature, la région renaît avec le tourisme. Malgré sa faible population, la région est très dynamique au niveau économique.

Aujourd’hui

6347108247_ee6e0533fc_bMême si l’industrie manufacturée reste le secteur le plus important de la région, l’élevage est néanmoins très présent avec plus de 3 000 000 de têtes d’ovins (50% du total national). L’activité minière constitue des ressources importantes en pétrole, gaz et charbon. La région exporte une grande partie de sa pêche : les fruits de mer, crustacés ou poissons de la région sont d’une importance gastronomique.

Cependant, c’est le développement du tourisme qui a été le plus rapide et considérable ces dernières années, ce qui a contribué à développer d’autres secteurs comme le commerce, l’hôtellerie, la restauration et le transport.

Du fait des conditions géographique, climatique et d’isolement, la grande majorité du territoire n’a connu que peu ou parfois aucune intervention humaine, laissant un patrimoine culturel quasiment vierge, des espèces marines emblématiques et une densité de glaciers qui font de ce site une destination parfaite pour vos voyages d’intérêts particuliers.